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Arbres de la Liberté

Arbres de la Liberté


Dans un grand nombre de communes de France, à l'époque de la Révolution, on planta des arbres destinés à rappeler, ainsi que de véritables monuments commémoratifs, l'avènement des libertés nouvelles. C'est ce qu'on appela dans le langage du temps des arbres de la liberté. Le premier paraît avoir été planté à Saint-Gaudent, près de Civray, département de la Vienne, par les soins du curé de la paroisse, Norbert Pressac de la Chagneraye. En mai 1790, le jour de l'inauguration de la municipalité, il fit transporter par les jeunes gens et les jeunes filles, sur la place du village, un chêne que l'on y dressa. Il le bénit et prononça une allocution patriotique finissant par ces mots : 

« Au pied de cet arbre vous vous souviendrez que vous êtes Français, et dans votre vieillesse vous rappellerez à vos enfants l'époque mémorable où vous l'avez planté. »

Le jour de l'inauguration, devant l'arbre enrubanné, fleuri, décoré d'inscriptions, on prononçait des discours, on débitait des strophes patriotiques, les enfants chantaient des choeurs; puis la cérémonie s'achevait par des danses et un banquet .

Le choix des arbres faisait alors l'objet de vives controverses : les uns préféraient le chêne, les autres le peuplier, dont le nom latin populus prêtait à un calembour symbolique.

Plus tard, sous l'Empire, on les négligea. La population ne s'en souciait plus; les arbres morts ne furent pas remplacés. Le gouvernement des Bourbons les fit détruire presque partout.

 

LES ARBRES DE LA LIBERTE A SAINT CRESPIN DU BECQUET (1)

 

Ce seizième jour de Messidor an troisième (4 Juillet 1795) de la République Française une et indivisible, nous officiers municipaux de Crespin du Becquet réunis en Conseil municipal au lieu ordinaire de nos séances : l’agent national ayant obtenu la parole a dit : « Citoyens, un attentat a été commis dans notre commune. Des malveillants ont enlevé cette nuit l’écorce de l’arbre de la liberté sur la longueur d’environ deux pieds, le civisme de nos Concitoyens m’est trop bien connu pur faire planer sur leur tête le soupçon d’un pareil attentat. Des ennemis de la République promenant çà et là leur rage et leur mécontentement ont sans doute voulu insulter le signe de ralliement des bons républicains, qu’ils sachent les ennemis que le sentiment vivifiant de notre liberté est profondément gravé dans nos cœurs et que nous sacrifieront tout pour défendre la propriété sacrée. Je requiers de votre sollicitude une invitation a tous nos concitoyens à veiller à la conservation de cet arbre chéri de tous les français et que vous dressiez procès verbal de ce délit sur votre registre et que vous en envoyez une copie au Citoyen Procureur Syndic du District de Rouen.

Le Conseil Municipal  faisant droit a la demande du Citoyen agent national et voulant prouver à nos Concitoyens toute l’horreur qu’il a pour un pareil délit, et ne pouvant en découvrir les auteurs a arrêté qu’invitation serait faite à l’instant à tous nos Concitoyens à veiller exactement à la conservation de l’arbre de la liberté et à faire poursuivre rigoureusement les ennemis de la chose publique par tous les moyens indiqués par les lois, arrêté en outre que copie dûment collationné sera envoyée au  Citoyen Procureur Syndic du District pour l’instruire de ce délit et l’assurer du sentiment général des habitants de notre commune et de notre attachement à la République.

 

Copie du procès verbal de la chute de l’arbre de la liberté porté à Boos le 29 Frimaire an Sixième et rédigé le 5 du même mois.

Le Cinq de Frimaire de l’an sixième (25 Novembre 1797) de la République Française, les Citoyens Michel Sanson, menuisier et Pierre Godin, domiciliées en la Commune de Saint Crespin du Becquet se sont présentés en mon domicile sur les huit heures du matin, aux fins de m’instruire de la chute de l’arbre de la liberté que la violence des vents a brisé pendant la nuit dernière, le  Citoyen Michel Sanson a dit et déclaré que son fils revenant à sa maison avait dit que l’arbre de la liberté était tombé et brisé en plusieurs morceaux de travers sur la grande route de Rouen à Paris, environ sur les cinq heures du soir.

Sur cette déclaration, je me suis rendu à l’endroit ayant observé que le passage était obstrué par les branches et morceaux, je les ai retirés aux fins de dégager la route et les ai transportés devant mon domicile qui est prés de cette place me réservant d’en faire ma déclaration au Citoyen Agent Municipal cejourd’hui matin.

Le citoyen Pierre Godin a déclaré que son fils Armand Godin sur les cinq heurs du soir avait vu l’arbre de la liberté tomber et briser de travers sur la route de Rouen à Paris, qu’il en avait retiré le bonnet pour ne pas le laisser à la disposition des malveillants et qu’il l’avait transporté chez lui aux fins de le remette au Citoyen Agent Municipal cejourd’hui matin.

 

Copie du procès verbal de la plantation de l’arbre de la liberté.

Cejourd’hui vingt de Germinal de l’an sixième (9 Avril 1798), nous habitants domiciliés dans la Commune de Saint Crespin du Becquet, sur la représentation à nous faite par le Citoyen Duroulle qu’un vent impétueux avait brisé et renversé l’arbre de la liberté planté dans notre commune et que son civisme ainsi que le nôtre ne pouvait supporter plus longtemps la privation d’un arbre si cher et si précieux à tout bon républicain, avons arrêté d’un commun consentement que le Citoyen Jean Baptiste Simon, domicilié en la commune de Belbeuf et enregistré dans la Compagnie de la Garde Nationale sédentaire du Becquet et possesseur de plusieurs peupliers serait invité à nous en procurer un pour être planté en notre dite commune.

A l’instant, invitation a été faite sur les sept heures du matin aux citoyens de bonne volonté de la dite Commune pour le transport et la plantation dudit arbre.

Au son du tambour, les  Citoyens Etienne SaintPierre, Louis Duroulle fils, Etienne Jeufroy domiciliés en la dite Commune, et les Citoyens Roch et Armand Duprey, frères, domiciliés en la Commune de Belbeuf qui ont déclaré vouloir partager cette fête patriotique, ont manifesté  leur zèle républicain.

L’arbre a été livré par le dit Citoyens Jean Baptiste Simon, de suite apporté avec soin chez le Citoyen Duroulle Agent Municipal pour être déposé jusqu’au moment de la plantation fixé à quatre heures d’après midi.

Le Citoyen Le Roy Capitaine de la Compagnie du Becquet a été invité à rendre cette fête brillante par l’invitation  de ses officiers et en commandant plusieurs fusiliers.

L’invitation a été faite aux officiers et l’ordre donné aux fusiliers. Tous ont témoigné l’ardeur la plus vive à partager les honneurs de cette fête républicaine.

Le moment de la plantation arrivé, tous les Citoyens se sont rendus chez le Citoyen Duroulle, Agent Municipal dépositaire de cet arbre chéri. Les Citoyennes de la dite Commune se sont empressées de le décorer de rubans tricolores et les Citoyens ont porté cet arbre avec le témoignage de la joie la plus sensible.

Arrivés au lieu destiné à recevoir ce dépôt précieux, les Citoyens Duroulle Agent Municipal et Langlois, Adjoint décorés de leurs écharpes, les Citoyens assesseurs et le Citoyen LeBercheux nommé Agent Municipal par la dernière Assemblée Communale dûment invités à cette fête ont partagé les honneurs de la plantation, tous les Citoyens ont voulu y participer en jetant de la terre au pied,au milieu des cris répétés de  «  Vive la République Française », après quoi les airs patriotiques se sont fait entendre et la jeunesse républicaine a manifesté sa joie par les danses et les jeux, de tout quoi nous avons rédigés et signé le présent procès verbal.

 

Plantation de l’arbre de la liberté, copie du procès verbal envoyé à la Préfecture le 11 Ventôse.

Cejourd’hui dixième jour de Ventôse de l’an neuvième (1er Mars 1801) de la République Française, Nous maire de la Commune de Saint Crespin du Becquet en exécution de la loi relative à la plantation et au remplacement des arbres de la liberté, avons invité les Citoyens Adjoint Municipal, assesseurs, garde-champêtre et Citoyens de tout grade de la Garde Nationale Sédentaire d’assister à la plantation de l’arbre de la liberté en la dite Commune en remplacement de celui que les vents ont abattu.

Le Citoyen Jean Baptiste Simon, journalier , domicilié en la Commune de Belbeuf, section Des Gravettes, faisant partie des Citoyens composant la dite Garde Nationale Sédentaire, nous en ayant offert un , tous les Citoyens réunis en mon domicile se sont empressés de partager les honneurs de la plantation.

La joie de cette fête a reçu un nouvel accroissement par la publication de la paix avec l’Empereur signée à Lunéville.

De toutes parts se sont fait entendre les cris répétés de « Vive la République, Vive Bonaparte, le sauveur de la France ».

Tous les Citoyens de tout âge et de tout sexe ont manifesté la joie pure et naïve qu’éprouvait leur cœur et ont renouvelé leur attachement à la République Française en adressant au ciel les vœux les plus sincères pour la conservation et jurant la plus parfaite union pour le maintien du bon ordre.

Cette fête s’est terminée par un banquet frugal et fraternel et le présent procès verbal a été de suite dressé et  signé les dits jour et an.                                                                                     

 

(1)La commune de St Crespin du Becquet a été réunie à la commune de Belbeuf au cours de l’année 1814, agrandissant ainsi le hameau de St Adrien.